La détection des nuages, comment ça marche ?

=>

Les nuages sont blancs, brillants, plutôt hauts dans le ciel. Leur température est en général plus basse que celle de la surface. Ils se déplacent et changent d'aspect, il n'y a donc jamais le même nuage au dessus du même endroit. Les nuages produisent des ombres sur le sol.

Toutes ces propriétés peuvent être utilisées pour détecter automatiquement les nuages.

 

Détection classique

Lorsqu'on ne dispose pas d'une série temporelle, la technique de base consiste à seuiller l'image d'une des bandes spectrales dans les courtes longueurs d'onde, de préférence dans le bleu. Les pixels dont la réflectance dépasse le seuil sont déclarés nuageux. Cette méthode n'est cependant pas très subtile et souvent ne parvient pas à détecter les nuages fins, elle fait aussi de nombreuses fausses détections. On peut aussi vérifier que le nuage est blanc, mais l'apport de cette vérification n'est pas énorme car les nuages fins ne sont pas parfaitement blancs, alors que de nombreux pixels brillants sont blancs, dans les villes par exemple.

 

Détection multi-temporelle

Les nuages détectés par la méthode multi-temporelle sur cette image Formosat-2 sont entourés de blanc. Noter que certaines parcelles agricoles sont plus brillantes que certains nuages. Cliquer sur l'image pour voir l'animation.

Lorsqu'on dispose de séries temporelles d'images de satellites à acquisition systématique, obtenues sous un angle à peu près constant, comme c'est le cas pour SPOT4(Take5),  Venµs, LANDSAT, Sentinel-2, on peut utiliser des critères temporels pour détecter les nuages.

 

La réflectance des surfaces terrestres évolue en général lentement, mais lorsqu'un nuage apparaît, la réflectance augmente brusquement. En comparant donc l'image à traiter avec une image précédente, on peut classer comme nuages les pixels pour lesquels la réflectance dans le bleu a notablement augmenté. On peut aussi vérifier que les pixels ainsi détectés ont un spectre plus blanc que dans l'image précédente. Cette méthode améliore très fortement la discrimination entre pixels nuageux et pixels clairs.

 

Cependant, cette méthode de détection présente un coût, car elle oblige à traiter les données dans l'ordre chronologique et empêche un traitement indépendant par image. Elle complique donc le centre de traitement et nuit également à la parallélisation des traitements. C'est cependant cette méthode que nous mettons en place dans MUSCATE, pour traiter les données de SPOT4(Take5), LANDSAT, Venµs et Sentinel-2.

 

Pour en savoir plus sur cette méthode, utilisée dans la chaîne de niveau 2A MACCS :

Hagolle, O., Huc, M.,  Villa Pascual D., & Dedieu, G. (2010). A multi-temporal method for cloud detection, applied to FORMOSAT-2, VENµS, LANDSAT and SENTINEL-2 images. Remote Sensing of Environment, 114(8), 1747-1755.

 

Détection des nuages hauts dans une bande d'absorption

Les traces d'avion seront beaucoup plus faciles à détecter avec la nouvelle bande 1380nm présente sur Landsat 8 et Sentinel-2.

Sur Sentinel-2 et sur Landsat 8, une nouvelle bande spectrale sera disponible, avec une longueur d'onde de 1380 nm. Cette bande spectrale correspond à une bande d'absorption totale de la vapeur d'eau. A cette longueur d'onde, le rayonnement solaire est totalement absorbé dans son aller retour entre le sommet de l'atmosphère et la surface. En revanche, le rayonnement réfléchi par un nuage à plus de 3000 mètres d'altitude n'est pas totalement absorbé car la vapeur d'eau est majoritairement située dans les basses couches de l'atmosphère. Cette bande va donc nous permettre de détecter les nuages élevés, même s'ils sont fins. Les cirrus sont en général très difficiles à détecter, ce n'est plus le cas avec cette méthode, que avons mise en place dans MACCS pour ces deux satellites.

 

Détection par la température

Les nuages hauts sont en général plus froids que la surface, la présence d'une bande thermique sur les satellites Landsat permet d'utiliser ce critère de détection. Cependant, les variations thermiques de la surface sont importantes d'un jour à l'autre, il est donc difficile de détecter les nuages bas, dont la température est proche de celle de la surface. Nous n'avons pas retenu cette méthode qui ne s'applique qu'à LANDSAT.

 

Détection stéréoscopique

Le satellite Venµs possède deux bandes identiques qui observent les scènes sous deux angles différents. Cette bande permet donc de voir le relief, avec une précision modérée, mais suffisante pour distinguer les nuages de la surface terrestre. Nous utiliserons cette méthode pour Venµs, en complément de la méthode multi-temporelle. Elle devrait permettre de détecter les nuages situés à plus de 500 mètres d'altitude, et surtout, la connaissance de cette altitude facilitera la détection des ombres.

 

Détection des ombres

La détection des ombres est expliquée ici.

Première série temporelle de produits de niveau 2A pour SPOT4(Take5)

=>

Nous poursuivons la vérification des différentes étapes de nos chaînes de traitement. Nous avons obtenu jeudi dernier nos premières séries temporelles, je les ai ortho-rectifiées et mosaïquées vendredi, et nous avons pu tester nos chaînes de détection de nuages et de correction atmosphérique à partir de la première série temporelle de trois images traitée. Celle-ci a été obtenue sur le site Marocain de la vallée du Tensift : Marrakech se trouve près du centre de l'image et la chaîne de montagnes au Sud-Est de l'image est l'Atlas.

 

Les images sur la colonne de gauche sont des images ortho-rectifiées, exprimées en réflectance au sommet de l'atmosphère (les produits de Niveau 1C), alors que les images de la colonne de droite, produites par Mireille Huc au Cesbio, sont des données après correction atmosphérique et détection des nuages, de l'eau et de la neige (les produits de Niveau 2A). Tout de suite, nous avons constaté que la détection des nuages ne poserait pas trop de de problèmes, mais en regardant bien, sur l'image du 10 février, il y a dans le coin nord ouest quelques traces d'avions très diffuses ainsi que leurs ombres, partiellement détectées (traces d'avions entourées en rouge, ombres en noir). Les zones en eau et les zones neigeuses sont également correctement détectées, même s'il manque quelques zones où la couverture de neige est partielle.

 

Quant à la correction atmosphérique, basée sur une méthode multi-temporelle de détection des aérosols, elle a réussi à déterminer que l'image du 5 février est beaucoup plus "brumeuse" (on dit "chargée en aérosols") que les images du 31 janvier et du 10 février. L'image du 5 février (colonne de gauche) a un subtil voile bleuté, dû aux aérosols, plus accentué. Sur la colonne de droite, on ne distingue pas de changement de teinte d'une image à l'autre, ce qui montre que la détection des aérosols et la correction atmosphérique ont bien fonctionné. Il y a sur ce site un photomètre qui sert à mesurer l'épaisseur optique des aérosols, malheureusement, il est tombé en panne juste au moment du démarrage de l'expérience Take5. C'est la loi de Murphy...

 

Voilà, nous avons donc parcouru tous les éléments de la chaîne de traitement, il ne nous reste plus qu'à vérifier que nos paramètres fonctionnent dans toutes les conditions offertes par les 42 sites de l'expérience, ce qui n'est pas un mince travail.

 

Produits de Niveau 1C exprimés en réflectances au sommet de l'atmosphère. (c) CNES, traitement CESBIO Produits de Niveau 2A exprimés en réflectances de surface après correction atmosphérique (c) CNES, traitement CESBIO

Les images d'épaisseur optique des aérosols sont affichées ci-dessous. On note la plus forte épaisseur optique sur l'image du 5 février, au Nord de l'Atlas, alors que l'épaisseur optique n'a pas changé au sud de l'Atlas. Cette situation est très vraisemblable car les montagnes forment souvent une barrière aux aérosols qui restent en général à basse altitude. Les zones oranges correspondent au masque de neige tandis que les zones rouges correspondent au masque de nuages. Les taches brillantes sur la dernière image pourraient bien être des artefacts.

Le site Take5 de Midi-Pyrénées - Réunion le 6 février 2013

Le CESBIO s'est bien évidemment mobilisé pour proposer plusieurs sites pour l'expérience Take5. Trois sites ont été proposés et finalement retenus : un site au Maroc, un site en Tunisie et un grand site occupant tout le Sud de la région Midi-Pyrénées, de Cahors jusqu'à la frontière Espagnole. Le site SudMiPy couvre 220*160 km², soit l'emprise de 12 images SPOT.

Les 8 images à l'ouest seront acquises simultanément, le jour 2 du cycle de 5 jours, les 4 images à l'ouest seront acquises le jour 3. Il existe une zone d'intersection qui s'étend de Cahors au Val d'Aran en passant par Montauban, Toulouse, Rieumes et Saint Girons, qui sera observée deux fois lors de chaque cycle de 5 jours, à un jour d'intervalle et sous deux angles assez différents.

Une réunion (invitation) présentant l'expérience Take5 et les activités prévues sur le site SudMiPy aura lieu le 6 février après midi au CESBIO (merci à ceux qui comptent venir de prévenir Jean-François Dejoux)

Jean-François Dejoux a réuni pour cette proposition 12 équipes scientifiques basées en Midi-Pyrénées, qui travailleront sur 7 sujets différents :

  1. Détection de nuages, corrections atmosphériques, produits composites mensuels
  2. Détection de la couverture neigeuse, observation et modélisation du dépôt et de la fonte de la neige, et lien avec le bilan hydrologique de bassins versants
  3. Développement de méthodes automatiques et robustes de classification de l'occupation des sols, permettant de traiter de grandes superficies
  4. Production de cartes d'occupation des sols.
  5. Détection et caractérisation des cultures irriguées dès leur émergence
  6. Production de cartes de rendement, biomasse et évapo-transpiration, bilans hydrologiques à l'échelle de bassins versants
  7. Détection des étendues d'eau, modélisation du signal fourni par le futur satellite SWOT, à partir de l'occupation des sols.

Par ailleurs, sur la même zone, l'INRA de Bordeaux a prévu de travailler sur la date de débourrement de différentes espèces d'arbres dans les Pyrénées, en étudiant la variation de cette date avec l'altitude.

Bien entendu, l'utilisation de ces données n'est pas limitée à ces 7 applications, et les personnes intéressées par ces données sont invitées à nous contacter, et à commencer au plus vite leurs relevés de terrain, les 4 mois de l'expérience Take5 seront vite passés.